ComparatifCR structuré : SFR et Ségur

Le compte-rendu structuré en radiologie : SFR, Ségur du Numérique et les outils qui suivent

La radiologie française est à un tournant : les comptes-rendus structurés deviennent le standard de demain. Portés par la Société Française de Radiologie (SFR) et intégrés aux obligations du Ségur du Numérique en Santé, ils promettent une meilleure qualité diagnostique, une interopérabilité accrue et une data minable pour la recherche. Découvrez ce qui change, pourquoi cela change, et quels outils vous permettront de structurer vos comptes-rendus en 2026.

Pourquoi la structuration des comptes-rendus ?

Pendant des décennies, le compte-rendu radiologique ressemblait à une lettre libre, parfois semi-structurée par quelques en-têtes. Cette approche pose plusieurs problèmes :

Qu'est-ce qu'un compte-rendu structuré ?

Un compte-rendu structuré est un document dont les données cliniques et radiologiques sont organisées en champs codifiés, chacun mappé à des standards internationaux comme RadLex, SNOMED-CT ou DICOM SR. Il se distingue du texte libre classique par sa capacité à être exploité informatiquement sans interprétation humaine intermédiaire.

Les trois niveaux de maturation des comptes-rendus

En radiologie, on peut identifier trois niveaux de structuration :

La SFR et les organismes de santé français poussent vers le troisième niveau, que l'on appelle « comptes-rendus minables » (machine-readable). L'objectif : transformer la radiologie en science des données.

La Société Française de Radiologie (SFR) et la standardisation

Depuis 2015 environ, la SFR a engagé une démarche volontariste pour promouvoir la structuration des comptes-rendus en radiologie. Les principaux enjeux :

Qualité et standardisation

En imposant une structure commune, la SFR vise à réduire la variabilité inter-praticiens et à améliorer la qualité diagnostique. Les templates validés par la SFR assurent que chaque rapport couvre les éléments essentiels et utilise une terminologie appropriée.

Réutilisabilité de la data

Les comptes-rendus structurés permettent d'alimenter automatiquement :

Intégration avec les IA

Les outils d'IA modernes (notamment les CAD et les systèmes de support diagnostique) produisent déjà des données structurées. En alignant les rapports radiologiques sur le même modèle, on crée un écosystème cohérent où l'IA et le radiologue travaillent dans le même langage.

Conseil : Si votre établissement envisage d'adopter un outil d'IA en radiologie, privilégiez ceux qui produisent des rapports structurés. Vous préparez votre infrastructure pour demain.

Ségur du Numérique en Santé et le programme DRIM-M

Le Ségur du Numérique : cadre réglementaire

Le Ségur du Numérique en Santé, lancé en 2021, est un vaste programme gouvernemental d'investissement dans la transformation numérique des établissements de santé. Pour la radiologie, l'un des points-clés est l'obligation de structuration des comptes-rendus et leur partage automatique vers le Dossier Médical Partagé (DMP) et Mon Espace Santé.

Le programme DRIM-M (Diagnostic, Radiology, Imaging)

Dans le cadre du Ségur, le programme DRIM-M (ou volet DRIM-Métiers) vise à :

SegurCompatible : qu'est-ce que cela signifie pour un outil ?

Un outil de dictation ou d'IA doit impérativement s'interfacer avec un RIS (Radiological Information System) labellisé Ségur. Cet interfaçage garantit que :

  • Le compte-rendu produit par l'outil est intégré au RIS.
  • Le radiologue peut valider et signer le CR via le RIS.
  • La signature du CR déclenche automatiquement le partage au DMP/Mon Espace Santé.
  • Les données sont conformes aux standards d'interopérabilité (HL7, FHIR).

Conséquence importante : Vous ne pouvez pas adopter un outil de dictation ou d'IA isolé. Il doit obligatoirement être connecté à un RIS Ségur-compatible. C'est une contrainte, mais aussi une opportunité de moderniser votre infrastructure radiologique complète.

Les standards internationaux au cœur de la structuration

RadLex

RadLex est un lexique ontologique de la radiologie, développé par la Radiological Society of North America (RSNA). Il contient plus de 60 000 concepts radiologiques organisés en hiérarchie : anatomie, pathologies, techniques d'imagerie, etc.

Exemple : « Nodule pulmonaire » est codé RID5356, « épanchement pleural gauche » est RID2514.

Avantage : Un langage commun compréhensible par tous les systèmes radiologiques au monde.

SNOMED-CT (Systematized Nomenclature of Medicine Clinical Terms)

SNOMED-CT est un standard de codage médical multi-axial, plus large que RadLex. Il couvre toutes les spécialités médicales (radiologie, biologie, chirurgie, etc.) et permet de décrire des concepts complexes.

En France, SNOMED-CT est de plus en plus recommandé pour les rapports d'imagerie, en particulier dans les contextes de traçabilité médico-légale.

CIM-10 (Classification Internationale des Maladies)

La CIM-10 est utilisée pour coder les diagnostics finaux. Chaque diagnostic radiologique peut être mappé à un code CIM-10, ce qui permet d'alimenter les bases de données nationales de santé (SNDS, Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information – PMSI).

Exemple : « Pneumonie infectieuse du lobe inférieur gauche » → J18.92.

DICOM SR (Structured Report)

DICOM SR est un standard technique DICOM pour encapsuler un rapport structuré dans un fichier DICOM, en parallèle avec les images. Il permet au rapport et aux images de circuler ensemble, sans risque de séparation.

DICOM SR peut inclure : observations, mesures, codes RadLex/SNOMED-CT, références aux images, etc.

FHIR et HL7

FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources) est l'architecture moderne pour l'interopérabilité des données de santé. HL7 est le standard plus ancien. Dans le contexte français du Ségur, FHIR est progressivement adopté pour le partage de rapports radiologiques vers le DMP et Mon Espace Santé.

Comment ces standards se complètent-ils ?

RadLex/SNOMED-CT fournissent le langage médical codifié. DICOM SR encapsule ce langage au niveau technique DICOM. CIM-10 code le diagnostic final. FHIR/HL7 définissent comment transmettre le rapport entre systèmes informatiques (RIS, DMP, etc.). Ensemble, ces standards créent un écosystème où chaque donnée est compréhensible, interopérable et traçable.

Quels outils produisent des comptes-rendus structurés ?

Le marché des outils de radiologie s'est progressivement orienté vers la structuration. Voici un panorama des solutions qui produisent ou facilitent les comptes-rendus structurés en 2026.

Outils complètement structurés (templates codifiés)

Smart Reporting / Jacobian

Smart Reporting (acquis par Jacobian) est une plateforme de templates radiologiques. Points forts :

Cas d'usage : Établissements cherchant une structuration maximale et une conformité Ségur immédiate.

Incepto Tango

Incepto (groupe Roche Diagnostics) propose Tango, un outil dédié aux oncologues et radiologues.

Cas d'usage : Imagerie oncologique et prostatique, où la structuration est critique pour la recherche.

Keydiag

Keydiag est une PME française spécialisée dans la radiologie structurée.

Cas d'usage : Hôpitaux français cherchant une solution maîtrisée et évolutive.

Nova Report

Nova Report (développé en France) se distingue par son approche à base de règles décisionnelles.

Cas d'usage : Établissements ayant besoin d'une approche décisionnelle et de rapports patient-friendly.

Outils d'IA produisant du structuré à partir de dictation

Gleamer AutoReport

Gleamer est une start-up française spécialisée dans l'IA radiologique.

Avantage : Les radiologues continuent à dicter librement ; l'IA en arrière-plan crée la structure.

Milvue TechCare Report

Milvue (groupe français) propose un logiciel de rapport structurisé.

Mata Flow

Mata (startup française) se concentre sur l'optimisation du flux d'accès aux comptes-rendus radiologiques.

Doctreen SPARK

Doctreen propose un outil de transcription et structuration.

RadReport

RadReport (international, usages en France) combine templates et IA.

Outils NOT structurés (texte libre)

Certains outils populaires ne produisent que du texte libre, malgré leur bonne ergonomie :

Important : Ces outils peuvent coexister avec un module de structuration externe (p. ex., une IA qui récupère le texte libre et le re-structure), mais ce n'est pas natif et peut introduire des erreurs.

Impact sur le clinicien correspondant et le patient

Clarté et rapidité de lecture

Un compte-rendu structuré est plus rapide à lire pour le clinicien. Au lieu de parcourir un bloc de texte, il retrouve directement les informations essentielles dans des champs identifiés. Résultat : meilleure prise de décision, risque réduit de mauvaise interprétation.

Intégration EHR automatique

Avec la structuration, les données radiologiques s'intègrent automatiquement dans le dossier médical électronique du patient. Plus besoin de re-saisie manuelle. Les algorithmes d'aide à la décision (CDS) peuvent s'appuyer sur ces données structurées pour fournir des recommandations au clinicien.

Rapports patient-friendly

Un des atouts des comptes-rendus structurés : la capacité à générer automatiquement une version patient lisible en parallèle du rapport technique.

Exemple (même examen, deux versions) :

Nova Report et certains autres outils proposent cette dual-reporting native, ce qui améliore la compréhension patient et réduit l'anxiété.

DRIM France IA : l'initiative SFR pour l'évaluation indépendante de l'IA

Consciente de la prolifération des outils d'IA, la SFR a lancé DRIM France IA, une initiative visant à évaluer indépendamment et transparemment les algorithmes d'IA appliqués à la radiologie.

Objectifs de DRIM France IA

L'obtention du label DRIM France IA est progressivement devenue un critère de sélection des hôpitaux et des cliniques. Si vous évaluez un outil d'IA, demandez d'abord s'il a passé cette certification.

Tableau comparatif : outils et structuration

Voici un résumé des principales solutions et leurs capacités en termes de structuration et conformité.

Outil Texte Libre Semi-Structuré Structuré Complet Standards (RadLex, SNOMED) Ségur-Compatible
Smart Reporting / Jacobian ✓✓ ✓ Natif ✓ Oui
Incepto Tango ✓✓ ✓ Natif ✓ Oui
Keydiag ✓✓ ✓ Natif ✓ Oui
Nova Report ✓✓ ✓ Natif ✓ Oui
Gleamer AutoReport ✓✓ ✓ IA-asst ✓ Oui
Milvue TechCare Report ✓✓ ✓ Partiel ✓ Oui
Mata Flow ✓ Post-proc ✓ Oui
Doctreen SPARK ✓ Partiellement ✓ Via RIS
RadReport ✓✓ ✓ Natif ✓ Oui
Dragon Medical One ✓✓ ⚠ Module externe
Philips SpeechLive ✓✓ ⚠ Si RIS Philips
Dictadoc ✓✓ ⚠ Limité

Légende : ✓✓ = Excellent, ✓ = Bon, ⚠ = Limité, — = Non applicable.

Questions fréquemment posées

Q : Faut-il obligatoirement passer à des comptes-rendus structurés en 2026 ?

R : Il n'existe pas encore d'obligation légale stricte, mais les pressions augmentent. Le Ségur du Numérique encourage fortement la structuration, et les établissements qui n'avancent pas sur ce dossier risquent de se trouver en retard technologique. De plus, pour participer à des registres nationaux ou des études cliniques, la structuration devient quasi-obligatoire. Nous recommandons une transition progressive.

Q : Un compte-rendu structuré prend-il plus longtemps à rédiger ?

R : Initialement, oui. Mais après une courbe d'apprentissage (2-4 semaines), la structuration via templates ou IA est souvent plus rapide que la rédaction libre. Les templates offrent des champs pré-remplis, l'IA propose des suggestions, et il y a moins de relecture nécessaire. Le gain global est estimé à 10-20 % en temps de rapport.

Q : Comment choisir entre un outil à base de templates et un outil à base d'IA ?

R : Cela dépend de votre workflow. Les templates (Smart Reporting, Nova Report) conviennent mieux si vous avez une population d'études très homogène et que vous voulez un contrôle maximal. Les outils d'IA (Gleamer, Mata) sont plus flexibles et réduisent la charge cognitive du radiologue. L'idéal est une approche hybride : templates pour les examens standard, IA pour faciliter les cas complexes.

Q : Un compte-rendu structuré peut-il remplacer le jugement clinique du radiologue ?

R : Absolument pas. La structuration est un outil de formalisation, pas une prise de décision. Le radiologue demeure responsable du diagnostic et doit toujours valider les données proposées, même si elles sont pré-remplies par une IA. La structuration aide à organiser et à communiquer le jugement clinique, pas à le remplacer.

Q : Qu'est-ce que RadLex exactement, et pourquoi cela me concerne ?

R : RadLex est un vocabulaire normalisé de la radiologie (plus de 60 000 concepts). Chaque concept a un identifiant unique (p. ex., RID5356 pour nodule pulmonaire). Si votre rapport utilise RadLex, toute IA, tout système informatique peut automatiquement comprendre et exploiter vos données. C'est la clé de l'interopérabilité. Cela ne change rien à votre travail au quotidien si votre outil utilise RadLex « en arrière-plan », mais c'est crucial pour l'avenir numérique de votre établissement.

Q : Le Ségur du Numérique m'oblige-t-il à acheter un RIS nouveau et à renoncer au mien ?

R : Non. Le Ségur exige que votre RIS soit Ségur-compatible, ce qui signifie qu'il peut interfacer avec les systèmes régionaux (DMP, Mon Espace Santé). Certains RIS actuels ont été mis à jour pour cette conformité (p. ex., Philips RIS, Siemens Syngo, Carestream). Avant de changer de RIS, vérifiez d'abord si votre RIS actuel peut être certifié Ségur. Un fournisseur RIS qui ne propose pas cette roadmap court un grave risque commercial.

Q : Mon établissement n'a pas encore de RIS moderne. Par où commencer ?

R : C'est une situation courante. Commencez par :

  1. Audit : Évaluez l'état de votre RIS et sa feuille de route Ségur.
  2. Pré-structuration : Adoptez des templates semi-structurés ou des scripts de dictation (p. ex., dans Dragon Medical) pour commencer à organiser vos rapports.
  3. Plan de migration : Envisagez un RIS Ségur-compatible à moyen terme (18-36 mois).
  4. Outil de transition : En attendant le RIS, utilisez un outil comme Gleamer ou Mata pour structurer progressivement vos rapports actuels.

Conclusion : l'avenir structuré de la radiologie

Les comptes-rendus structurés ne sont plus un luxe technologique ; ils deviennent la colonne vertébrale de la radiologie intelligente. Portés par la SFR, validés par le Ségur du Numérique, et activés par une nouvelle génération d'outils (templates, IA, standards comme RadLex et SNOMED-CT), ils promettent :

Si vous evaluez un nouvel outil de dictation, de rapport ou d'IA radiologique, la structuration doit être un critère de sélection majeur. Vérifiez la compatibilité avec les standards (RadLex, SNOMED-CT), la connectivité RIS, et idéalement la certification DRIM France IA.

L'avenir appartient aux radiologues qui se sont approprié la structuration, pas à ceux qui l'ont subie.

Prochaine étape : Consultez notre comparatif complet des outils d'IA en radiologie pour évaluer les solutions qui correspondent à votre spécialité et votre infrastructure.

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